Augmentation des frais d’inscription aux écoles doctorales : danger pour les laboratoires de recherche français

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Augmentation des frais d’inscription aux écoles doctorales : danger pour les laboratoires de recherche français

Le Premier Ministre a annoncé la mise en place de frais d’inscription différenciés pour les étudiants étrangers extracommunautaires à la rentrée 2019-2020. La différenciation des frais se traduit par une très forte augmentation des droits d’inscription pour les étudiants concernés : 2 770 euros par an pour le niveau L au lieu de 170 euros et 3 770 euros pour les niveaux M et D, au lieu de 243 euros et 380 euros, respectivement. 

L’objectif déclaré est d’augmenter l’attractivité de la France vis-à-vis des étudiants étrangers ! Cette mesure conduira une grande partie des étudiants étrangers à renoncer à venir étudier en France.

 Les conséquences de cette augmentation sont désastreuses pour les Universités, qui perdront un vivier important des acteurs essentiels au rayonnement de la culture française dans une société globalisée et ouverte, mais également pour la recherche française qui se voit privée d’un important contingent d’étudiants poursuivant une thèse de doctorat. 

La France est en 4ème position pour la proportion d’étrangers parmi ses doctorants (statistiques réalisées par Campus France pages 38 et après) : « Avec 41% de doctorants étrangers, contre 32 % seulement pour les Etats-Unis (2013), la qualité et l’excellence de sa recherche permettent à la France d’être l’un des pays les plus attractifs en termes de formation ». Près d’un doctorant étranger sur trois est en Lettre, Sciences humaines et sociale (32%) et un sur deux en Sciences (48%). Parmi les 41% d’étudiants étrangers en thèse, moins de 21% viennent de l’Europe des 28, 32% d’Afrique, 17% d’Asie, 12% des Amériques, 12% du moyen orient et 6% de l’Europe hors UE. Il y avait 23 949 doctorants étrangers en 2017, nombre en baisse de 7,5% par rapport à 2013.

La hausse des frais d’inscription -de 380 à 3 770 euros- pour les futurs thésards extracommunautaires devra être supportée soit par les étudiants -mais cela représente presque 3 fois le salaire net mensuel d’un étudiant en thèse- soit par les laboratoires. Comme la première alternative est humainement insoutenable, ce sera aux laboratoires de subir une nouvelle ponction sur leurs ressources de base ou propres.

Cette mesure est dissuasive autant pour les étudiants que pour les laboratoires et pourrait engendrer une baisse dramatique des effectifs des doctorants. Cela se rajoute aux importantes difficultés que rencontrent déjà les laboratoires pour trouver des financements de thèse. Ce nouvel obstacle ne peut que nuire à l’attractivité internationale et à la qualité de la recherche française ainsi qu’à la démocratisation de notre enseignement supérieur.

Grâce à ces étudiants étrangers, la France réalise des échanges scientifiques, économiques et culturels internationaux qui sont essentiels à la construction de la société ouverte de demain.

 Dans la tradition humaniste de l’Université publique française, nous nous opposons à cette hausse discriminatoire des droits d’inscription à tous les niveaux de formation.

 Nous voulons pouvoir continuer à accueillir des étudiants désireux de poursuivre leur formation par la recherche au sein de nos laboratoires quel que soit leur pays d’origine.

Le Sgen CFDT Recherche EPST vous invite à signer la pétition « Université : refusons le mur de l’argent »

Lire ICI le communiqué de presse de la CPU du 11 janvier 2019

lire ci-dessous la Dépeche AEF 596271 :

Par Julien Jankowiak   Publiée le 23/11/2018 à 17h30

“Exonérer de frais d’inscription les doctorants internationaux aurait quelque chose de paradoxal” (Frédérique Vidal)

“Attirer les meilleurs doctorants venus du monde entier est une priorité cardinale mais les exonérer de frais d’inscription aurait quelque chose de paradoxal, non cohérent avec la valeur centrale que nous reconnaissons au doctorat”, déclare Frédérique Vidal, ministre de l’ESRI, lors de l’événement “Les États de la France”, jeudi 22 novembre 2018. “Je souhaite que ces frais d’inscription puissent être pris en charge dans le cadre de tous les financements qui soutiennent les projets de recherche auxquels ils participent“, avance-t-elle. Frédérique Vidal revient également sur Horizon Europe.

“La force du modèle universitaire est de ne jamais séparer l’enseignement supérieur et la recherche, la formation et la science. Bâtir une société de la connaissance et une économie de l’innovation, c’est bien placer l’université au centre du jeu”, déclare Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieure, de la Recherche et de l’Innovation. Elle s’exprime lors des “États de la France”, organisés jeudi 22 novembre 2018 à La Sorbonne, à Paris.

“UNIVERSITÉ-ORGANISMES : COMME S’IL FALLAIT CHOISIR ENTRE LES DEUX !”

“Dire cela, je veux le préciser immédiatement, ce n’est pas prendre parti dans le clivage entre universités d’une part et organismes de recherche d’autre part. Comme s’il fallait choisir entre les deux ! Comme si nous n’avions pas à la fois besoin de grandes universités de recherche qui jouent pleinement leur rôle et d’organismes de recherche qui permettent de structurer des politiques à l’échelle nationale…”, développe la ministre.

“Alors oui, bien sûr, nous devons une plus grande simplicité à tous les partenaires de nos universités et de notre recherche. Nous y travaillons, notamment en nous appuyant sur nos sites pour qu’émergent de vrais campus d’innovation avec une porte d’entrée identifiée et des conditions de partenariat claires, nettes et aussi simples que possible”, assure par ailleurs Frédérique Vidal.

HORIZON EUROPE : UN POINT DE CONVERGENCE AUTOUR DE 100 milliards D’EUROS ?

“Il est crucial que l’Union européenne continue d’accorder une priorité forte au développement de la recherche et de l’innovation, sous toutes leurs formes”, poursuit la ministre qui dit avoir “bon espoir que nous puissions bientôt converger et que les États membres prennent la décision de consacrer 100 Md€ au prochain programme-cadre 2021-2027”.

“Ce programme-cadre fera toute leur place à la fois à la recherche la plus fondamentale, via notamment le Conseil européen de la recherche, qui soutient les projets scientifiques de très haut niveau, sans exclusive aucune, et à l’innovation ouverte, via le Conseil européen de l’innovation notamment. Sous l’impulsion du couple franco-allemand, il accordera une place particulière à l’innovation de rupture”, promet la ministre.

A lire ci-dessous un article de Franck LOUREIRO, Secrétaire général adjoint de la fédération des Sgen-CFDT

“Bienvenue en France” : 5 personnalités nommées pour mener la concertation. Pas de remise en cause de la hausse des droits

Pierre-Paul Zalio, Philippe Gillet, Minh-Ha Pham, Christophe Strassel et Julien Blanchet disposeront d’un mois pour piloter la concertation sur le plan “Bienvenue en France”. Ils devront définir les 10 engagements que les établissements devront remplir pour bénéficier des 10 M€ du fonds d’amorçage destiné à améliorer l’accueil des étudiants étrangers. Si la hausse des frais n’est pas remise en cause et sera fixée par décret, la ministre demande aux établissements “d’identifier leurs besoins” afin d’ “augmenter le plafond réglementaire limitant le volume d’exonération”, aujourd’hui fixé à 10 %.

Cinq personnalités sont nommées par la ministre Frédérique Vidal pour mener la concertation sur le plan “Bienvenue en France”, apprend AEF info le 10 janvier 2019 :

  • Pierre-Paul Zalio, président de l’École normale supérieure Paris-Saclay ;
  • Philippe Gillet, professeur à l’École polytechnique fédérale de Lausanne ;
  • Minh-Ha Pham, vice-présidente relations internationales de PSL Université Paris ;
  • Christophe Strassel, conseiller maître à la Cour des comptes et ancien directeur de cabinet de Geneviève Fioraso, ministre de l’ESR, puis de Thierry Mandon, secrétaire d’État à l’ESR ;
  • Julien Blanchet, vice-président du Conseil économique, social et environnemental et ancien président de la Fage.

Ces cinq personnalités devront, “en toute autonomie”, définir leur méthode de travail et arrêter la liste des personnes avec qui ils souhaitent échanger, précise la ministre de l’ESRI, dans la lettre de mission datée du 8 janvier 2019, envoyée à Pierre-Paul Zalio. Elles devront remettre leurs conclusions “d’ici la mi-février”, afin de “permettre une mise en place effective dès le mois de mars du fonds d’amorçage ‘Bienvenue en France’ qui soutiendra l’amélioration des conditions d’accueil dès la rentrée 2019”, ajoute Frédérique Vidal.

10 “engagements clés” pour bénéficier de 10 M€

La concertation qui s’ouvre vise en effet à définir “10 engagements clés” que devront remplir les établissements d’enseignement supérieur en matière d’accueil des étudiants étrangers et d’exonération. Ces engagements, s’ils sont remplis, permettront aux établissements de recevoir un label délivré par CampusFrance, ainsi que des financements pour accompagner les démarches d’amélioration des conditions d’accueil. À ce titre, un fonds d’amorçage doté de 10 M€ a été créé par le ministère, dont les établissements “pourront bénéficier dès la fin du premier trimestre 2019”, précise la ministre dans son courrier.

“Sur la base de ce socle commun d’engagements, qui jouera le rôle de référence nationale, il appartiendra naturellement à chaque université et à chaque école d’affirmer la stratégie d’attractivité qui est la sienne”, indique-t-elle également.

La ministre précise que ces engagements couvriront “un très large spectre allant des procédures de délivrance des visas et titres de séjour à la place des enseignements en langue étrangère, en passant par les conditions d’accès au logement, notamment via les Crous, ou par la mise en place systématique d’un référent unique et personnalisé pour tout étudiant international”.

La hausse des droits d’inscription “n’a pas vocation à être remise en cause”

Pour ce qui est de la mesure du plan qui a suscité le plus d’émotion à ce jour, à savoir la hausse des droits d’inscription pour les étudiants extracommunautaires, Frédérique Vidal assure qu’elle “n’a pas vocation à être remise en cause dans son principe comme dans son calendrier”. Pour rappel, la stratégie “Bienvenue en France” prévoit de porter à 2 770 € les droits d’inscription en licence et à 3 770 € ceux en master et doctorat (lire sur AEF info). Selon la ministre, c’est cette hausse “qui nous donnera les moyens d’une amélioration durable des conditions d’accueil des étudiants internationaux”. Cette annonce avait entraîné des mobilisations dans plusieurs établissements (lire sur AEF info), ainsi que des prises de position de la part de nombreux présidents d’université et conseils centraux (lire sur AEF info).

Si les frais d’inscription seront fixés “par décret”, le plafond d’exonération, lui, n’est pas encore décidé et “c’est aussi l’un des enjeux de cette concertation”, précise à AEF le cabinet de la ministre. Frédérique Vidal rappelle avoir demandé “le 10 décembre dernier à l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur d’identifier précisément leurs besoins, afin le cas échéant d’augmenter le plafond réglementaire actuellement en vigueur limitant le volume d’exonération de frais d’inscription à 10 % d’étudiants inscrits, hors boursiers”. “Il importe que cette phase de concertation permette de procéder aux éventuels ajustements nécessaires”, écrit-elle.

recommandations afin de faciliter la mise en place des 6 000 bourses aux mains des établissements

La ministre ajoute que les cinq personnalités chargées de piloter la concertation devront formuler “toutes les recommandations qui apparaîtraient utiles afin de faciliter la mise en place des nouvelles bourses d’établissement”, au nombre de 6 000. Elle insiste dans son courrier sur la nécessité de “renforcer” la “relation singulière” que la France entretient avec le Maghreb ou l’Afrique francophone, expliquant que le doublement des bourses et exonérations prévu “bénéficiera prioritairement aux étudiants venus de cette partie du monde”.

Frédérique Vidal rappelle qu’il faudra être attentif à la situation “des étudiants étrangers déjà inscrits dans l’enseignement supérieur français […] qui ne devront en aucun cas être concernés par la mise en place de la hausse des frais”.

Modification dans les prochaines semaines des règlements financiers des agences dont l’ANR

Concernant les doctorants, “le gouvernement a prévu que leurs frais d’inscription puissent être pris en charge directement par les financements sur projet qui permettent leur recrutement”, écrit-elle, ajoutant que “les règlements financiers des agences et notamment de l’ANR vont être modifiés en ce sens dans les prochaines semaines”. La ministre souhaite que la mission conduite par les personnalités puisse s’assurer que ces dispositions permettront de “garantir le rayonnement des études doctorales, notamment dans le champ des SHS” et souhaite qu’elle puisse formuler “toute proposition complémentaire qui permettrait de l’accroître”.

Enfin, Frédérique Vidal précise que le volet de la stratégie “Bienvenue en France” portant sur la projection des établissements français à l’international n’a, “à ce stade”, pas vocation à être évoqué lors de la concertation.

Franck LOUREIRO

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