Un délégué régional à la recherche et à la technologie (DRRT) face à la crise du Covid-19

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Publié sur le site du Sgen-CFDT le 23 mars 2020

Jean-Michel Jolion est délégué régional à la recherche et à la technologie pour la Région Auvergne-Rhône-Alpes (AuRA).

DRRT Jean-Michel JolionJean-Michel Jolion par lui-même : DRRT, région AuRA.
Par le passé, chef du service de la stratégie des formations à la Direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle, membre de cabinet de quelques ministres en charge de l’Esri, délégué général de l’université de Lyon, professeur des universités, membre du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche…
Et depuis toujours, au Sgen-CFDT.
Un extrait de ce témoignage a paru dans Profession Éducation (no 275 – Mars-avril-mai 2020), le magazine du Sgen-CFDT.


 

Crise du Covid-19 et confinement… quels premiers bilans ?

La première caractéristique de cette crise sanitaire et du confinement fut incontestablement la bascule en un temps record dans un monde non prévu avec une conséquence immédiate sur l’arrêt des activités de recherche, amplifiée par le fait que la plupart des enseignants-chercheurs ont dû donner la priorité au maintien des formations avec un passage en distanciel qui n’avait pas été anticipé !

Durant cette période, comme beaucoup, la délégation régionale à la recherche et la technologie (DRRT) est passée en télétravail. Assez facile pour tout ce qui concerne les traitements de dossiers, plus complexe pour tous les conseils d’administration des structures de l’Enseignement supérieur, la Recherche et l’Innovation (Esri) – on pourrait, ici, dresser un bilan des multiples outils testés, de Zoom à Scopia en passant par Meeting, Orange… −.

Bien sûr, ce qui a le plus manqué, c’est le contact direct, tout ce qui se discute durant le « juste avant » ou le « juste après » des réunions. Là où l’on découvre ou résout les conflits naissants, les problèmes mal explicités… Mais cette période a vu aussi se créer une activité spécifique centrée sur l’appui aux démarches de solidarité des laboratoires de recherche envers le secteur de la santé, le soutien à la mise en place de coordinations locales (universités, CHU…) et le soutien financier à des projets de recherche au-delà des appels à projets nationaux par réorientation des crédits 2020 du contrat de plan État-Région-CPER (avec une souplesse insoupçonnée des procédures !).

DRRT en phase de post-confinement… Priorités, perspectives et analyses

Nous basculons maintenant dans une reprise progressive qui n’est pas un vrai retour à la normale et heureusement ! La première priorité est l’estimation du coût de cette reprise (prolongation des contrats de doctorants et post-doctorants, besoins en fonctionnement et investissement…). Pour une région telle qu’Auvergne-Rhône-Alpes, cela représente plus de dix millions d’euros.
Mais il nous faut aussi penser à l’après pour une grande variété de sujets avec, comme credo, de ne surtout pas fermer la parenthèse 1. En préalable, un regret : celui que nos tutelles n’aient pas fait en sorte qu’un regard soit porté sur tout ce qui se passait (ce qui est différent que de faire un bilan a posteriori). Nous avons vécu et vivons encore, par exemple, un test du « tout numérique à l’échelle 1 » sur l’ensemble de nos structures. Que devrons-nous en tirer comme bilan ? Et ce n’est qu’un exemple…

il nous faut aussi penser à l’après pour une grande variété de sujets avec, comme credo, de ne surtout pas fermer la parenthèse.

Les conséquences sont et seront très variées. Pour ne citer que deux cas qui se situent à des niveaux très différents, mais qui concernent la recherche et l’innovation.
Premier cas : la crise a mis en évidence une carence française en matière de production d’équipements scientifiques, et parfois pour des technologies où la France avait le leadership (exemple de la cryo-microscopie). Il est donc urgent de réfléchir à ces marchés clefs dans lesquels réinvestir.

la crise a mis en évidence une carence française en matière de production d’équipements scientifiques…

Autre exemple, l’organisation de l’État : la réforme territoriale (reportée au 1er janvier 2021) prévoit que les directions régionales à la recherche et à la technologie (cf. ci-dessous) soient prochainement transférées de la tutelle du préfet (qui a aujourd’hui la compétence sur la recherche et l’innovation) à celle du recteur de région, avec comme logique de recentrer l’ensemble des compétences Esri. La crise sanitaire actuelle a montré pourtant tout l’intérêt pour notre ministère de garder un ancrage au sein des secrétariats généraux aux affaires régionales (Sgar) et donc auprès du préfet pour être au cœur des politiques de gestion interministérielle de crise. Durant cette période, le lien préfet-recteur est souvent trop centré sur le monde de l’éducation et l’Esri peut être le grand oublié. Faut-il revoir cette réforme ?

Durant cette période, le lien préfet-recteur est souvent trop centré sur le monde de l’éducation et l’Esri peut être le grand oublié.

Le scientifique et le politique, une nouvelle réflexion pour demain

Enfin et surtout, une posture assez inattendue, le choix du gouvernement a été − on ne peut que s’en louer −, de s’entourer, dès le début de cette crise, de l’avis des scientifiques. Même si tout n’a pas été parfait (certains ont confondu avis et communication médiatique peu contrôlée), c’est une des premières fois, qu’au plus haut de l’État, est adoptée cette démarche. Et il faut tout faire pour que cela perdure. Pour autant, le politique ne saurait se cacher derrière le seul avis des scientifiques. La décision reste de la seule compétence du politique. Cette relation entre scientifiques et politiques, a fortiori en période de crise et donc d’incertitude, n’est pas simple à mettre en musique. Comme le disait récemment Cédric Villani − en citant les travaux de Thomas Pielke −, « le choix éclairé est celui qui est décidé par le politique, éventuellement grâce au débat citoyen, parmi les options cohérentes et acceptables fournies par le scientifique 2 ». Voilà un bon point de départ pour le nécessaire regard sur la situation actuelle et des discussions larges au sens des composantes de la société.

Le politique ne saurait se cacher derrière le seul avis des scientifiques. La décision reste de la seule compétence du politique.

En ce sens, la co-saisine du Conseil économique, social et environnemental Auvergne-Rhône-Alpes par le préfet de région et le président de la Région sur le thème de la relation des politiques et des experts en période de crise, sera pour nous un moment fort de cette fin d’année pour partager ensemble cette nouvelle place de la science dans la société.

1 « Crise du coronavirus dans l’ESR : « Ne fermons pas la parenthèse » (Jean-Michel Jolion, DRRT Auvergne-Rhône-Alpes) », AEF, 9 avril 2020 (accès réservé aux abonnés).
2 « De la difficile équation entre science et politique », par Cédric Villani, The Conversation, 18 mai 2020 .


Les délégations régionales à la recherche et à la technologie (DRRT)

Les DRRT sont des administrations de mission chargées de l’action déconcentrée de l’État dans les domaines de la recherche, de la technologie et de l’innovation, de la diffusion de la culture scientifique et technique, en interaction avec le monde socio-économique, tous les établissements et organismes, et le grand public. Leur mission est, notamment, de gérer les contrôles du crédit impôt recherche, le label jeune entreprise innovante, les avis sur les entreprises demandant une convention industrielle de formation par la recherche (Cifre) pour les thèses, le contrat de plan Etat-Région…

Pour en savoir plus
Sur le site du Mesri, présentation des dix-sept DRRT et de leurs missions.
La page de la DRRT Auvergne-Rhône-Alpes.


Illustrations
© Jean-Michel Jolion
© emmagrau / Pixabay
© FotoshopTofs / Pixabay

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