LPPR : une augmentation du budget de la recherche ambitieuse ou en trompe-l’œil ? (l’Etudiant 23/7/20)

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La contestée loi de programmation pluriannuelle de la recherche a été adoptée en Conseil des ministres le 22 juillet. Elle prévoit une hausse du budget de la recherche de cinq milliards d’euros d’ici 2030.

La loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) a été adoptée en Conseil des ministres ce mercredi 22 juillet. Elle planifie le budget de la recherche de 2021 à 2030, avec une augmentation de cinq milliards d’euros d’ici la fin de la programmation. Le budget de l’Agence nationale de la recherche (ANR) sera notamment abondé d’un milliard d’euros d’ici 2027 afin de lui permettre de porter à 30% le taux de succès des appels à projets, contre 16% actuellement.

« Reconnaissance des chercheurs »

« Jamais depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, un gouvernement n’a réalisé un tel investissement dans la recherche », a assuré Frédérique Vidal à l’issue du Conseil des ministres. La ministre de l’Enseignement supérieur a par ailleurs affirmé que cet investissement était une reconnaissance de « la place des chercheurs dans notre pays« .

Les chercheurs en question manifestent pourtant depuis des mois contre ce projet de loi. Les syndicats d’enseignants et de chercheurs dénoncent une privatisation de la recherche et une augmentation du budget en trompe-l’œil, qui privilégie les appels à projets et ne profiterait pas à tous les chercheurs.

Multiplier les recrutements

Un point d’achoppement réside aussi dans les nouvelles voies de recrutement prévues par la LPPR. Les directeurs de recherche et professeurs des universités pourront être recrutés par des contrats dits de « tenure track » de trois à six ans, qui permettent aux candidats d’être titularisés sans passer par la case maître de conférences ou chargé de recherche, sur décision d’une commission créée à cet usage. La LPPR crée aussi un « CDI de mission scientifique »… signé pour la durée d’un projet.

Plusieurs centaines de chercheurs avaient par conséquent manifesté le 12 juin, lors du passage de la LPPR au Cneser, qui adoptera finalement le texte le 18 juin. Lors des débats, près de 360 amendements ont été examinés et la ministre de l’Enseignement supérieur a entendu les syndicats sur certains points. Un amendement adopté prévoit par exemple que les contrats post-doctoraux et les CDI de missions scientifiques auront une durée minimale.

Le ministère s’engage par ailleurs à ce que chaque création de chaires de professeurs junior (contrats dits de « tenure tracks ») pendant les dix prochaines années donne lieu à un nombre au moins égal de promotions pour les maîtres de conférences et les chargés de recherche en poste.

Une programmation « pas à la hauteur »

Le CESE (Conseil économique, social et environnemental) s’est aussi montré critique lors de son examen du projet de loi, le 24 juin. Il appelle à « renforcer significativement une programmation financière qui n’est pas à la hauteur des défis considérables auxquels notre pays doit faire face ».

Il regrette notamment que l’objectif de 3% d’investissement du PIB dans la recherche, actuellement de 2,2%, soit repoussé à 2030. Mais aussi que la démographie étudiante ne soit pas prise en compte dans les moyens alloués aux universités. Un constat criant d’actualité, alors que les universités s’attendent à recevoir 35.000 étudiants supplémentaires à la rentrée 2020.

Augmenter les salaires des chercheurs

Le CESE préconise aussi que les rémunérations des chercheurs, titulaires d’un bac+8, soient significativement revalorisées. « Les rémunérations des chercheurs français sont inférieures de 37% en 15 début de carrière à celles de la moyenne de l’OCDE et de 15% en fin de carrière », pointe le Conseil dans son rapport.

La ministre de l’Enseignement supérieur s’est finalement engagée à ce que les chercheurs ne soient pas rémunérés en dessous de deux Smic, soit presque 3.080 euros brut par mois. Les jeunes chercheurs et enseignants-chercheurs nouvellement intégrés dans leurs corps bénéficieront par ailleurs d’un accompagnement de 10.000 euros afin de soutenir leurs recherches.

« Contre la baisse continue du nombre de doctorants, la programmation prévoit pour la première fois une revalorisation progressive de leur rémunération de 30% ainsi qu’une hausse de 20% du nombre des thèses financées dans tous les champs disciplinaires », a ajouté le ministère.

Après l’adoption par le Conseil des ministres le 22 juillet, la LPPR doit désormais être examinée par le Parlement en septembre. Le ministère table sur une entrée en vigueur le 1er janvier 2021.

Amélie Petitdemange | Publié le

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