Réforme des retraites : La balle est dans le camp du gouvernement

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Publié le 19/12/2019 Par Jérôme Citron ICI

Plus de 650 000 manifestants dans une quarantaine de cortèges partout en France. La journée de mobilisation du 17 décembre a été un succès et un message clair adressé au gouvernement. Le projet présenté par le Premier ministre le 11 décembre doit évoluer s’il veut avoir une chance de convaincre les Français. En annonçant une mesure d’âge dès 2022, le gouvernement a sciemment ignoré les positions des organisations syndicales réformistes favorables à la création d’un système de retraite universel, conduisant logiquement la CFDT, la CFTC, l’Unsa et la Fage (premier syndicat étudiant de France) à se mobiliser à leur tour.

Des discussions à reprendre

La contestation du projet s’est ainsi généralisée, même si les organisations syndicales sont loin de partager le même point de vue. La CGT, FO et Sud demandent le retrait de l’ensemble de la réforme et ne veulent pas entendre parler de système universel ou de points tandis que la CFDT refuse de condamner l’ensemble du projet. Favorable à la mise en place d’un système unique, elle est prête à reprendre les discussions si le gouvernement retire sa mesure sur l’âge pivot

Particulièrement pénalisant, cet âge d’équilibre fixé à 64 ans contraindrait nombre de personnes ayant commencé à travailler tôt et qui ont eu les métiers les plus difficiles à différer leur départ à la retraite alors même qu’ils pouvaient justifier d’un nombre suffisant de trimestres pour faire valoir leur droit à pension dès 62 ans. « C’est une mesure injuste qu’il faut retirer sans délai. Il n’y a pas de négociation possible sur ce sujet. Ce choix purement budgétaire, s’il était maintenu, mettrait en péril toute la réforme », a réaffirmé Laurent Berger en répondant au gouvernement, qui affirme que la mesure peut être discutée tout en refusant de la retirer.

« La CFDT a toujours su faire preuve de responsabilité en matière d’équilibre des régimes de retraite, a rappelé le secrétaire général. Dans le projet présenté par le Premier ministre, il est prévu que les partenaires sociaux aient la responsabilité de la gouvernance. C’est dans ce cadre que nous devons examiner la question de l’équilibre du système à court, moyen et long termes. Et les choix qui se présentent à nous ne se limitent pas à un report de l’âge de départ sous la contrainte d’un malus. »

Pour la CFDT, l’équilibre à court et moyen termes n’est pas menacé, contrairement à ce que laisse entendre le gouvernement. Le rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR), qui sert depuis plusieurs semaines à justifier l’instauration d’une mesure d’âge dès 2022, est instrumentalisé par l’exécutif. Le document explique en effet que le déficit de 7 à 12 milliards annoncé pour 2025 s’explique par une moindre participation de l’État au système et non par une fuite en avant des dépenses qui nécessiterait d’intervenir en urgence afin d’éviter une dérive des comptes. « Il y a une construction politique pour faire croire aux Français que le problème no 1 des retraites est d’ordre budgétaire. Ce n’est pas vrai. La question no 1 est celle de la justice sociale et de l’équité », insiste Laurent Berger.

Après plus d’une semaine de contestation, tous les regards se tournent vers Matignon, qui n’a pas encore fait de proposition de sortie de crise. Seules de nouvelles réunions avec les partenaires sociaux ont été annoncées et la nomination d’un nouveau secrétaire d’État chargé des retraites, le député LREM du Nord Laurent Pietraszewski. Celui qui devait être rapporteur de la loi à l’Assemblée nationale se voit confier la tâche de trouver une issue à ce dossier mal engagé.

Deux discussions devraient se tenir en parallèle dans les jours à venir. L’une sur ce fameux âge pivot et le pilotage financier du futur régime (aussi appelé la gouvernance) et une autre sur les problématiques de certaines professions, notamment le cas très spécifique des régimes spéciaux. La CFDT appelle le gouvernement à faire des propositions afin que les transports puissent être à nouveau opérationnels et souhaite, quoi qu’il arrive dans les prochains jours, que les usagers puissent voyager pendant les fêtes de fin d’année, quitte à faire une pause dans le mouvement .

Tout l’enjeu aujourd’hui est d’obtenir de l’exécutif des marges de manœuvre pour mettre fin à toute idée d’âge pivot et ainsi pouvoir se concentrer sur les véritables enjeux : la construction d’un système universel qui apporte du progrès social. Il reste du travail pour aboutir car de nombreux sujets sont encore flous dans la réforme présentée (pénibilité, minimum contributif, retraite progressive, etc.). « Ne nous trompons pas d’enjeu », insiste Laurent Berger.

Âge d’équilibre… de quoi parle-t-on exactement ?

Le projet présenté le 11 décembre prévoit qu’à compter du 1er janvier 2022 un âge d’équilibre se mette progressivement en place. À cette date, il serait de 62 ans et 4 mois, puis augmenterait de 4 mois par an pour atteindre 64 ans en 2027. Les salariés qui décideraient de partir avant ou après cette date auraient un malus ou un bonus de 5 % par année (de plus ou de moins). Très flou, le projet ne précise pas si cette mesure s’appliquerait sans tenir compte du nombre de trimestres nécessaires pour obtenir une retraite à taux plein. Autrement dit, une personne devant partir à 65 ans pour avoir une retraite à taux plein aura-t-elle le droit à un bonus ? Maigre ouverture, le gouvernement laisse la possibilité à la « nouvelle gouvernance du système », donc aux partenaires sociaux, de modifier ces règles s’ils parviennent à un accord qui garantit l’équilibre financier du système selon des conditions drastiques, donc impossible en l’état.

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